Livre d’or

Livre d’or 2017-05-12T13:38:01+00:00
Cher Monsieur le directeur, nous avons reçu avec gratitude le prototype en bronze de la statue, œuvre de votre musée, qui a été élaborée à notre intention, et dont les rideaux ont été tirés le 22 juin 1978.
Il m’est agréable de vous adresser les plus chaleureux remerciements pour votre précieux cadeau créé par le sculpteur Daniel Druet, affirmant l’habileté et l’authenticité de l’artiste français, dont les racines s’étendent à travers l’histoire.
J’apprécie profondément les nobles motifs qui vous ont poussé à ériger notre statue dans votre musée distingué, incarnant la profondeur des liens de fraternité et d’amitié entre nos deux pays dont les civilisations ont été des puissants foyers de lumière guidant l’homme dans sa marche humaine.
Veuillez agréer, monsieur, mes plus sincères salutations, souhaitant à vous tous les meilleurs vœux de santé et de bonheur.
100 visages qui vous regardent…
Des amis… beaucoup de relations… et quelques géants…
Je m’assois sur une sorte de petite estrade…
Un photographe bourdonne autour de moi, cherchant différents angles…
Daniel s’approche d’un trépied surmonté d’une planchette avec, en son centre, une tige métallique.
Dans une toile humide de la terre glaise…
Par blocs entiers, sur la planchette et autour de la tige, Daniel accumule l’argile jusqu’à obtenir le volume de ma tête.
Son regard est en perpétuel mouvement, ses doigts, avec une agilité surprenante, tracent dans la masse informe les prémices de mes traits.
Nous parlons… je serais bien incapable aujourd’hui de dire le sujet de notre conversation.
Il y a une relation étrange entre le modèle et la main du sculpteur qui cherche à marquer dans la terre non seulement l’image, mais un peu du caractère de celui qui est en face de lui.
Je cours toujours d’un rendez-vous à un autre… 
Après 1 heure il faut que je parte.
Daniel me sourit, il a l’habitude.
Je croyais qu’il allait me cacher son ébauche, mais pas du tout.
Je passe de l’autre coté du trépied… Je vois… nous nous serrons la main… et en sortant, j’ai la redoutable impression de rester derrière moi !
Grâce à votre talent,
D’une pâte sans fumet,
Vous avez su épicer la matière…
Pour donner à la sculpture
La force de la pensée. Tous mes compliments.
Je suis né deux fois. 
La première fois des entrailles de ma mère. La seconde des mains de Druet. 
La première fois je n’ai rien vu. La seconde je n’ai pas manqué le plus petit détail de l’opération. J’ai vu Daniel Druet, seul maître de la création après Dieu, me remodeler, m’épurer, m’enlever quelques défauts majeurs avant – ô déception ! – de me restituer tout ce qui me fait horreur dans un miroir mais qui me donne ma personnalité.
J’ai admiré comment de ses boulettes naissait la vie, alors que de mes mains n’est jamais sortie que la gêne. Grâce à lui, je me suis découvert non plus en image plate et donc infidèle mais en trois dimensions.
Tout en pétrissant le plâtre il auscultait ma pâte humaine avec ce bonheur de questions qui n’appartient qu’à ceux qui ont décidé d’oublier les réponses. Alors seulement je me suis mis à regarder sa tête à lui.
C’était celle d’un ami.
With admirates and gratitude.
Quand on confie sa tête à un coiffeur, il ne peut y avoir que de fausses confidences dans un salon qui est une salle publique. Mais confier sa tête à un sculpteur dans un atelier perché au grenier du musée Grévin, c’est autre chose ! De mes deux séances de pose devant Daniel Druet, je garde le doux secret d’entretiens où je ne sais plus qui confessait l’autre. Je n’ai pas vu seulement un artiste modeler amoureusement un buste de simple commande, j’ai rencontré un homme, un homme de cœur, un homme de tact et d’intuition. Et cette rencontre chaleureuse a fait fondre les petits scrupules qu’un homme d’Eglise traînait depuis qu’il avait accepté l’aventure mondaine et bien vaine de se livrer à la curiosité populaire. Au dessin éphémère de mon buste survivra une amitié qui n’a plus besoin de tête à croquer !
C‘est un spectacle fascinant de voir des mains s’agiter, virevolter, pétrir, malaxer un bloc de glaise et petit à petit vous voir apparaître trait après trait. C’est très beau une main.